Les titres et moi

Il y a de nombreuses raisons qui peuvent nous pousser à choisir un livre particulier à travers une étagère, une armoire, une bibliothèque entière. Pour certains, c’est la page couverture ; pour d’autres, c’est le résumé. Pour moi, bien souvent, c’est le titre. Dans cet article, je vous partage ma relation avec des oeuvres qui ont été lues seulement grâce à leur nom.


Muse par Mary Novik

Muse, comme je l’ai mentionné dans cet article, est mon artiste musical préféré. J’ai donc tout de suite été interpellée par l’oeuvre de Mary Novik en me promenant à travers les rayons de ma bibliothèque. Sans même prendre la peine de lire son résumé, j’ai décidé d’en faire ma prochaine lecture. Muse est le premier livre que j’ai lu en 2017. Je pense qu’il s’agissait d’un bon choix pour débuter l’année.

L’histoire se déroule à l’époque du 14ème siècle et prend place dans une ville où la fortune est impossible à obtenir sans s’approcher du Pape, détenteur du pouvoir et de toute l’adoration du peuple. On y suit la vie d’une jeune fille possédant un don de clairvoyance, qui tentera de l’utiliser pour survivre et s’assurer une place dans ce monde cruel.

Je n’ai pas l’habitude de lire des fictions historiques. Mon genre littéraire favori — la science-fiction — se spécialise dans le futur et je suis rarement attirée par les oeuvres qui décrivent un temps passé. Si ce livre n’avait pas été nommé Muse, je ne pense pas que je l’aurais un jour lu. Je suis contente de l’avoir fait. Mary Novik a créé une histoire vivante, déshabillant l’évolution d’un personnage au fil des pages qui tournent, transmettant au lecteur les arômes d’un temps d’autrefois. J’ai débuté le roman avec une petite fille et j’en suis ressortie avec une femme mûrie par les nombreuses années que l’histoire fait défiler. Muse était exactement le premier pas qu’il me fallait dans le monde littéraire en 2017 : ce livre m’a encouragée à découvrir des oeuvres extérieures à mes genres habituels.


Pourquoi moi par Chelsea Cain

J’ai choisi le premier livre de cette liste parce que son titre était relié à quelque chose que j’aimais. Pour ce roman-ci, c’était le contraire : la phrase « Pourquoi moi ? » est une expression qui me déplaît absolument. Puisque j’ai des tendances masochistes littéraires, ma première pensée en voyant le titre a été de louer le roman pour voir si son contenu était aussi mauvais que son titre. La réponse : aucunement !

Pourquoi moi est un thriller qui suit la vie de Kick Lannigan, une femme de 21 ans ayant survécu à un enlèvement durant son enfance. Détenue par un couple de criminels pendant six ans, elle s’alarme en apprenant la disparition d’autres enfants et décide d’utiliser son savoir pour leur offrir la liberté qu’elle a eu la chance d’obtenir.

J’ai lu ce roman en une journée. Dès les premières pages, j’ai su que je n’allais pas le refermer jusqu’à ce que j’en aie atteint la fin. Pourquoi moi réussit ce qu’un roman de suspense doit faire : nous emplir d’une vive curiosité et satisfaire nos questionnements grâce à une conclusion surprenante. Ce n’est pas le meilleur thriller dans ma bibliothèque personnelle, mais c’est une oeuvre qui marque par la vitesse à laquelle on souhaite la dévorer. En choisissant ce roman, j’avais peur de tomber sur l’histoire d’une personne qui se morfond sur son sort. Ce n’est pas le cas de Kick Lannigan, qui utilise son passé pour s’aiguiser en tant que personne.


Bleu presque transparent par Ryû Murakami

Je ne sais pas pourquoi j’ai été charmée par ce titre. Peut-être parce qu’il ne donnait aucun indice sur l’histoire de son roman et que j’ai un faible pour les imprévus littéraires. Ces trois mots, « Bleu presque transparent », m’ont poussée à me déplacer jusqu’à une librairie. Je suis allée dans le rayon des romans étrangers et j’ai cherché les M pour Murakami. Il y avait un peu moins de dix oeuvres à ce nom, mais pas celle que je cherchais. Tant pis. J’ai choisi au hasard un autre livre de l’auteur et j’ai décidé de l’acheter sans en lire le résumé.

Je ne me suis pas doutée que cette décision aveugle allait être la cause de mon plus grand amour littéraire. Je n’ai pas non plus remarqué que mon oeuvre sélectionnée était La ballade de l’impossible par Haruki Murakami, et non Ryû Murakami. Ce roman m’a chamboulée. En lisant son premier chapitre, j’ai été frappée par une certitude : ma vision de l’écriture ne serait plus jamais la même. Trois ans plus tard, je sais que cette impression n’était pas trompeuse.

J’ai l’intention d’approfondir mon amour pour Haruki Murakami dans un article dédié uniquement à ce sujet. Si je n’avais pas été séduite par la sonorité de Bleu presque transparent, je n’aurais sûrement pas découvert ce coup de coeur littéraire aussi tôt dans ma vie. Je pense que c’est depuis cet instant-là que j’obéis librement à mes impulsions littéraires qui se manifestent devant certains titres : cela peut avoir de merveilleuses conséquences.

J’ai finalement lu Bleu presque transparent un an plus tard, et même si c’était loin d’atteindre le niveau d’Haruki Murakami, j’ai quand même éprouvé une étrange appréciation pour le roman. Son histoire suit le quotidien d’un groupe d’adolescents japonais qui dictent leur vie par le sexe, la drogue, la musique et la violence. C’est certainement un des livres les plus explicites que j’ai lus, mais cette sexualité avait un bien différent rôle des romans habituels : elle était étroitement liée avec la violence et le malheur de ces gens, sans jamais prendre une apparence plaisante pour le lecteur. Je pense que si les autres oeuvres de Ryû Murakami avaient été identiques à celle-là, je n’aurais pas été poussée à en lire plus de l’auteur, mais ça n’a pas été le cas — je vous conseille ses excellents romans Miso Soup et Les bébés de la consigne automatique.


Je dois aux titres la découverte de nombreux trésors littéraires. Si je n’avais pas été parfois guidée par le nom d’un roman, je pense que ma bibliothèque manquerait plusieurs expériences marquantes. J’ai trouvé à travers les trois oeuvres de cette liste une lecture hors de mes habitudes, une expérience positive malgré une première impression négative du titre, et même mon auteur préféré. Je pense que l’histoire des titres et moi n’approche pas encore sa fin.

Avez-vous déjà lu un roman pour son titre seulement ? Si oui, quelle a été votre expérience ?

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