« Saisissez votre titre ici »

Cet article n’est pas de ceux qui sont prédéfinis. Tout comme vous, j’ignore où ces mots mèneront ; peut-être ce texte finira-t-il enterré sous les centaines d’autres écrits qui n’ont pas eu la chance de sortir de l’ombre. Mais peut-être, et c’est sur ce peut-être que repose mon entière motivation d’écrire, peut-être réussira-t-il à rejoindre cette fois-ci la surface.

Les mots prennent naissance sous mes yeux, presque magiquement, faisant de mes doigts leur marionette. À l’idée qu’ils connaissent un jour le regard de l’extérieur, j’en deviens honteuse. Parce qu’en réalité, j’ai honte d’écrire. Cette gêne me suit depuis mes plus jeunes années.

Ces phrases ne forment aucun récit, aucune histoire. Elles sont la simple création du désir de combler le vide, de décorer cette page blanche qui ne restreint aucun potentiel.

Comme je le disais, j’ai peur d’écrire. Vraiment. Je repousse cet instant jusqu’aux heures tardives de la nuit, priant que la lune me lègue un peu de sa poésie. Je carbure à travers ma volonté d’écrire, si puissante par moments, mais je n’arrive qu’à convaincre ma réflexion dans le miroir. Pas celle à qui revient la responsabilité de faire chanter le clavier. Pas celle qui, une fois les yeux rivés sur l’écran, se morfond du vide créatif qui y est affiché — autrement dit, la célèbre page blanche.

J’ai employé l’expression « page blanche » à deux reprises dans les derniers paragraphes. Dans des circonstances habituelles, cette imperfection aurait déjà été modifiée, mais j’ai ce soir envie de laisser mes erreurs s’exprimer. J’espère que vous me le pardonnerez.

La nuit est blanche, elle aussi. Presque immobile. Sans le défilement des flocons, on croirait un tableau placé devant ma fenêtre. Je considère que l’écriture est l’art de reprendre des images, des sons, des odeurs, des souvenirs, et réussir à les peindre en mots. J’admire tous ceux qui réussissent à le faire.

Je crois l’avoir mentionné plus haut, mais cet article est indéfini. Il n’a pas été tracé d’avance, même pas dans mon esprit ; et ces mots, ils existent sur cet écran parce que ma crainte m’a poussée à me justifier. Toujours et encore. J’écris quotidiennement depuis maintenant 262 jours, sans avoir raté une seule journée, mais je n’arrive toujours et encore pas à me qualifier d’écrivain.

Pourtant, c’est ce que je fais, non ? J’écris. Mais la honte me ronge à mesure que les mots remplissent la page, et plus ce texte s’allonge, plus j’ai la conviction qu’il ne sera pas posté. Il n’a aucun but, aucune direction, aucune poésie, il n’est pas même cousin lointain de la perfection.

Cette peur est si vive qu’elle me pousse même parfois jusqu’au mensonge. J’affirme ne pas vouloir faire de l’écriture mon gagne-pain (même si, ne nous le cachons pas, un écrivain n’en reçoit que de minces tranches !), bien que le contraire ait toujours été ma certitude. Peu importe la période de ma vie, j’ai toujours été guidée par ce fait : quelle que soit l’étape suivante, elle sera accompagnée de mes mots.

Je rédige cet article parce que je me dois de combattre cette honte. Mon écriture y est croche, confuse, et certainement pas digne de votre temps, mais j’ai besoin de laisser l’imperfection gagner aujourd’hui.

J’ai peur d’écrire. J’ai peur de continuer à écrire ce texte et de simplement l’empirer. J’ai envie de vous promettre un article travaillé plus tard dans la journée, du contenu qui pourrait vous faire oublier celui-ci. Mais je ne le ferai pas — je ne le peux pas. J’ai peur d’écrire et je dois y remédier.

J’ai peur d’écrire, mais les mots qui me peuplent la tête ont encore plus peur d’y rester. La seule façon de me libérer de cette crainte, c’est de laisser le monde poser son regard sur mes mots — ceux qui ne sont pas masqués.

Quand j’ai commencé à écrire ce texte, j’ignorais où celui-ci allait me mener. Maintenant je le sais, et vous aussi.

Bon mercredi.

4 réflexions au sujet de « « Saisissez votre titre ici » »

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  3. comme c’est bien écrit! J’ai hâte au jour oū tu nous fera voyager au coeur des pensées de tes personnage comme tu l’as fait ici.

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