Un regard sur les dystopies

Les dystopies sont des récits de fiction qui dépeignent une société imaginaire organisée de façon très structurée, voire catégorique, restreignant la liberté de ses peuples. Ce genre a reçu beaucoup d’attention au cours des années à travers des romans pour jeunes adultes. Il n’y a qu’à se rendre au cinéma pour le constater : des tonnes d’adaptations cinématographiques ont été faites en suivant ces histoires. Dans cet article, je vais tenter de comparer quatre oeuvres du style dystopien afin de comprendre quels éléments ont-ils en commun et quel rôle ceux-ci ont-ils joué dans la création de leur succès.

Livres discutés :

  • Hunger Games par Suzanne Collins
  • Divergence par Veronica Roth
  • Delirium par Lauren Oliver
  • Promise par Ally Condie


Cet article sera séparé en plusieurs sections :

  1. Présentation de l’oeuvre | Éléments qu’on y retrouve | Avis personnel sur l’oeuvre
  2. Comparaison des mêmes éléments utilisés à travers différentes oeuvres
  3. Conclusion

Hunger Games

PRÉSENTATION

Hunger Games est le titre le plus connu de cette liste, et personnellement mon coup de coeur. Le premier roman de cette trilogie est paru en 2008 et c’est en 2009, soit à l’âge de 10 ans, que je l’ai découvert. Je ne me contenterai que d’un simple résumé de l’histoire de cette série puisqu’elle vous est probablement déjà familière : Hunger Games parle du récit d’une société divisée en plusieurs secteurs qui obéissent tous aux ordres du Capitole, soit la ville des gens riches. Chaque année, deux personnes de chacun de ces districts sont pigées afin de participer aux Jeux télévisés du Capitole — les Hunger Games — qui présentent une aréna dans laquelle ils devront tous s’entre-tuer jusqu’à qu’il ne reste qu’un seul survivant. Les trois romans suivent l’histoire de Katniss Everdeen, une jeune demoiselle qui subira la terrible expérience qu’est de devenir le divertissement principal du grand peuple.

ÉLÉMENTS
  • Triangle amoureux
  • Héroïne féminine
  • Violence
  • Cérémonie déterminant l’avenir
  • Fuite dans la nature
AVIS PERSONNEL

J’ai été plongée dans ces romans jusqu’à la dernière page — particulièrement au cours du premier et du deuxième tome. Le troisième était loin d’être mauvais, mais il n’a pas éveillé en moi le même éclat d’addiction comme les deux premiers l’avaient fait. Similaire à Battle Royale, cette histoire transmet une vivacité étonnante à travers le désir de survivre de ses personnages. J’ai été contente de voir que l’amour n’était pas le fil conducteur principal de ces romans, et surtout que le triangle amoureux ne déviait pas notre attention du véritable problème. À mes yeux, Hunger Games est une série qui peut plaire à tous : à la jeune fille que j’étais lorsque j’ai lu cette histoire pour la première fois, tout comme aux adultes qui apprécient les histoires poignantes et travaillées.


Divergence

PRÉSENTATION

Divergent s’est récemment fait connaître à travers le monde grâce à l’adaptation cinématographique qui en a été faite. Son premier tome est sorti en 2011, mais je n’ai connu la série qu’en 2014, soit quelques mois avant que son premier film ait été projeté dans les salles de cinéma. Cette histoire a reçu une attention particulière du public grâce aux aspects intéressants de sa société : une population divisée en cinq groupes de personnes, nommés les Altruistes, les Audacieux, les Érudits, les Sincères et les Fraternels. À l’âge de 16 ans, un enfant passe une série de tests afin de déterminer dans quelle faction celui-ci finira-t-il le reste de sa vie. Néanmoins, il arrive — comme c’est le cas pour le personnage principal, Tris — que certaines personnes obtiennent un résultat qui s’associe à plusieurs attributs. On appelle ces cas-là des divergents, et ils sont les ennemis de la société.

ÉLÉMENTS
  • Relation amoureuse
  • Héroïne féminine
  • Violence
  • Cérémonie déterminant l’avenir
AVIS PERSONNEL

Mon avis se range un peu plus du côté positif que négatif quant à cette série, mais elle comporte plusieurs éléments qui font baisser la qualité générale de son histoire. Je pense notamment aux trop nombreuses pages où le focus des romans est tourné vers la relation tumultueuse des deux personnages principaux plutôt que vers le développement de l’imminente révolution… C’est le concept de Divergence qui m’a fait tourner toutes les pages des trois tomes, car j’aurais autrement abandonné ma lecture à cause du temps passé sur les problèmes inintéressants du couple principal. J’ai cependant généralement apprécié ma lecture de cette série puisque Veronica Roth a écrit celle-ci d’une façon vivace, similaire à un film qui défile sous nos yeux. Un autre +1 pour le fait que l’idée de la société soit approfondie et même résolue au cours de la trilogie, plutôt que nous laisser dans une vague promesse d’un nouveau futur. Je vous recommande seulement cette série si vous n’avez rien de mieux à lire.


Delirium

PRÉSENTATION

Delirium est un titre assez connu à travers le monde du genre YA (Young Adult), mais il est loin d’avoir atteint le succès des deux premières séries de cette liste. Cette trilogie est sortie en librairies le 1er janvier 2011 — elle a découvert la librairie de ma chambre en 2013. Son histoire se situe au sein d’un futur dans lequel il est enseigné que l’amour est une maladie. À l’âge de 18 ans, chaque habitant doit subir le Protocole, soit une opération du cerveau qui empêche de tomber amoureux. Ce processus ne se déroulera pourtant pas comme l’avait imaginé Lena, une jeune fille de 17 ans qui mènera l’intrigue de ces trois livres.

ÉLÉMENTS
  • Triangle amoureux
  • Héroïne féminine
  • Violence
  • Cérémonie déterminant l’avenir
  • Fuite dans la nature
AVIS PERSONNEL

J’étais très, très sceptique lorsque j’ai tourné la première page de ce roman. Je m’attendais à une histoire étant le simple miroir des autres oeuvres dystopiennes que le monde avaient déjà connu, et en pire puisque l’amour — le principal défaut des oeuvres — en était le concept principal. Mais heureusement, j’avais tort sur toute la ligne. Delirium est un récit frais et original qui explore des recoins où les autres dystopies refusent de s’aventurer. On y touche plus la notion de liberté que celle de romance, ce qui m’a été un véritable cadeau du ciel. Cette trilogie est tout simplement une réussite jeunesse littéraire. Certains lecteurs ont été dérangés par les quelques caprices de la demoiselle principale, mais ma lecture n’en a pas été très affectée. Je pense que le +1 majeur de ce roman vient du fait qu’on y rencontre plusieurs paysages affectés par le Protocole, ce qui est très rare dans les dystopies.


Promise

PRÉSENTATION

Insoumise est la trilogie la moins connue de cette liste. Son premier livre est paru en 2011, mais je n’en ai fait la lecture que l’année dernière (voir : Lectures de 2016). Encore une fois, nous sommes faces à une société dans laquelle les moindres gestes sont contrôlés : votre quantité de nourriture, vos vêtements, et aussi votre partenaire… Lorsqu’un jeune adolescent obtient ses 18 ans, il est soumis à une cérémonie dans laquelle on lui attribue un conjoint avec lequel il devra passer le restant de sa vie.

ÉLÉMENTS
  • Triangle amoureux
  • Héroïne féminine
  • Violence
  • Cérémonie déterminant l’avenir
  • Fuite dans la nature
AVIS PERSONNEL

Cette trilogie enchaîne tous les clichés imaginables de la littérature jeunesse. On m’avait recommandé Promise en 2012 parce que j’étais une grosse fan de la saga Uglies… Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de vous décrire à quel point cette comparaison m’est douloureuse. Non seulement on a droit à un coup de foudre instantané qui m’a autant émue que la valse de Donald et Melania Trump après la cérémonie d’inauguration présidentielle, mais on doit également subir l’affreux triangle amoureux qui en ressort. Cette série peut être résumée en une seule phrase : une fille ne sait pas quel garçon choisir alors qu’on sait déjà qui elle va choisir, et mène entre temps la révolution totale du pays. Entre temps est vraiment le terme parfait dans cette situation-ci, puisque tout au long du roman j’ai eu l’impression que son désir de liberté n’était qu’un passe-temps pour occuper les moments où elle n’avait pas un garçon de qui profiter. L’auteure m’a effectivement prouvé que c’était le cas après que le premier tome se soit terminé sans qu’il n’y ait pas eu un seul changement dans l’évolution de cette société contrôlante. Pas un seul. Après 400 pages.


À partir de ces quatre profils littéraires, on peut constater qu’ils partagent tous au moins trois éléments en commun : ce sont tous des trilogies, ils présentent tous une héroïne féminine et ils comportent tous une cérémonie dans laquelle l’avenir du personnage principal sera déterminé.

TRILOGIE

Pas grand chose à dire sur cet élément-ci, la trilogie est un format littéraire que j’apprécie beaucoup et il est particulièrement adéquat pour démontrer l’évolution d’une société. Il arrive cependant que le troisième tome laisse à désirer, comme c’était à mes yeux le cas pour Hunger Games. Les auteurs sont souvent encouragés (… *ehem* forcés) par leur maison d’édition à composer des séries de + de trois tomes, puisque si les lecteurs ont aimé les deux premiers romans, ils vont aussi acheter le troisième. J’ignore si ça a été le cas des trilogies de cette liste, mais il s’agit d’une information qui est digne d’être soulignée et qui explique peut-être pourquoi on retrouve tant ce format dans le monde littéraire.

HÉROÏNE FÉMININE

Je ne sais pas exactement pour quelle raison on retrouve tant d’oeuvres qui sont dirigées par un personnage principal féminin : est-ce parce que le plus grand client du genre YA (Young Adult) est l’adolescente, ou alors parce que la plupart des auteurs de ce style littéraire sont des femmes ? Ça n’a à mes yeux pas une grande importance puisque les récits dirigés par une tête féminine ne me dérangent aucunement, mais j’aimerais néanmoins rencontrer plus de dystopies qui sont écrites du point de vue mâle. Dans le cas de la saga Les Fragmentés, c’était une totale réussite.

TRIANGLE AMOUREUX

Je pense que cet élément-ci est en quelque sorte influencé par celui de l’héroïne féminine : au travers de toutes mes lectures, je n’ai jamais rencontré un seul triangle amoureux qui était constitué d’un garçon avec deux filles. Toutes les oeuvres de cette liste — excepté pour Divergence — mettent en scène une fille qui hésite entre deux garçons : le chaleureux ami de toujours et le nouveau garçon mystérieux. Et dans tous les cas, le deuxième finit toujours par être choisi, donc je ne comprends pas trop l’intérêt d’ajouter ce petit brin de chaos à un récit déjà bien occupé. J’aurais pu croire que c’était seulement une question de goût si j’avais connu un lecteur qui appréciait les triangles amoureux, mais toutes les personnes à qui j’ai pu en parler ont partagé mon avis sur l’inutilité de ces situations… Ce phénomène récurrent me rend donc très confuse.

CÉRÉMONIE

L’élément le plus important de toutes les dystopies : la célèbre cérémonie tant attendue dans laquelle l’avenir du personnage principal sera décidé. Dans Hunger Games il s’agissait de la pige pour les Jeux, dans Divergence il s’agissait des tests pour déterminer la faction, dans Delirium il s’agissait de l’opération anti-amour et dans Promise il s’agissait de la soirée où un partenaire était attribué. Chaque premier tome débute avec l’imminence de ce moment décisif — un avant-goût du ton de l’histoire à suivre.

NATURE

Trois trilogies de cette liste comportent des chapitres passés en fuite dans la nature : Hunger Games, Delirium et Promise. Il s’agit probablement de mes moments favoris dans les dystopies : j’ai toujours eu un certain intérêt pour la survie en nature, elle est passionnante et elle en révèle toujours beaucoup sur les personnages. Si vous êtes aussi de cet avis, merci de m’en faire part !

VIOLENCE

Une violence parfois crue se trouve dans chacun des titres discutés dans cet article. Sans elle, les récits perdraient une grande part de leur réalité puisqu’il est difficile d’imaginer une révolution générale sans que le peuple n’en paie les coups — littéralement. Je considère également que cet ajout contribue au potentiel cinématographique des oeuvres : les scènes d’action vives sont le plus grand plaisir du spectateur, après tout.


Les dystopies présentent des mondes uniques et complètement différents de ce que l’on a connu jusqu’à présent (quoique 1984 se rapproche dangereusement de notre réalité actuelle), mais sont composées au final du même sac d’éléments. La recette gagnante d’une dystopie se lit-elle donc Cérémonie + Héroïne + Triangle amoureux ? Peut-être bien. Mais malgré la qualité et le contenu des récits présentés dans cet article, je dois une chose à chaque auteur : la réussite d’avoir créé et d’avoir fait évoluer une société dans laquelle le lecteur a pu vivre pendant au moins quelques heures. Même avec la bonne recette, je considère que sans la magie de l’imagination et des mots, un récit ne peut pas s’envoler.

3 réflexions au sujet de « Un regard sur les dystopies »

  1. Ping : Le guide de sousleciel.ca | Sous le ciel

Laisser un commentaire